Constructeurs
Renault soucieux de préserver son influence
10/06/2019 - Christophe Jaussaud

 

L'affaire Carlos Ghosn a laissé des traces. Comme la fusion avortée avec FCA. Le couple franco-nippon semble au bord de la crise de nerf. Même le gouvernement français, qui a plusieurs fois mis le feu aux poudres, tente d'apaiser les choses en envisageant de baisser sa part dans le capital de Renault.

 

"Nous pouvons réduire la part de l'Etat dans le capital" de Renault, a assuré Bruno Le Maire, avec l'apparente volonté de tendre la main à Nissan, très rétif aux interférences du gouvernement français. "Cela ne pose pas de difficultés sous réserve qu'au bout du compte on ait une alliance plus solide entre les deux grands constructeurs automobiles que sont Renault et Nissan".

 

Mais il semble que l'apaisement entre les partenaires ne soit pas encore au rendez-vous. En effet, Jean-Dominique Senard, patron de Renault, a envoyé une lettre à Hiroto Saikawa, le patron de Nissan, pour lui faire part de son intention de s'abstenir de voter sur la mise en place de trois comités (nominations, audit et rémunérations) lors de l'assemblée générale des actionnaires du constructeur nippon, prévue le 25 juin.

 

Nissan juge, dans un communiqué, cette décision "extrêmement regrettable" d'autant que ce dernier rappelle que la réforme de gouvernance a été "approuvée par l'ensemble des administrateurs", dont M. Senard, au terme d'un processus minutieux de plusieurs mois. Cette abstention condamnerait cette réforme de la gouvernance de Nissan qui doit être approuvée par une majorité des deux tiers, selon le Financial Times qui a levé le lièvre.

 

D'après le journal économique, Jean-Dominique Senard affirme désormais craindre que les trois nouveaux comités soient utilisés d'une façon ou d'une autre pour réduire l'influence de Renault. Dans cette lettre, que Reuters a pu lire, Renault estime que la nouvelle structure de gouvernance élaborée par Nissan, qui comprend notamment des comités statutaires composés d’administrateurs pour la plupart indépendants, risque de diluer son influence.

 

"Nous sommes fermement convaincus que les droits de Renault en tant qu’actionnaire de Nissan à 43,4% doivent être pleinement reconnus et qu’au minimum, un ou deux administrateurs proposés par Renault devraient être membres de chacun des trois comités", lit-on dans la lettre. "Au vu des propositions actuelles, cela ne semble pas être le cas."

 

Cependant, selon une source proche du dossier, interrogée par Reuters, "ce n’est pas une abstention définitive, et la position de Renault peut encore évoluer. Mais pour l’instant, Renault n’a pas l’assurance d’être correctement représenté dans les différents comités, au regard de sa position de principal actionnaire de Nissan."

 

Les dirigeants de l'Alliance ne semblent donc pas vraiment sur la même longueur d'ondes mais le plus important reste finalement ce qu'il se passe sur le terrain et dans les usines. Plateformes communes, motorisations partagées, véhicules électriques, les synergies vont bon train et c'est sans doute par là que les partenaires retrouveront un peu de sérénité. D'ailleurs, la preuve avec l'ouverture à Tel-Aviv, ce lundi 10 juin, du 3e Innovation Lab de l'Alliance.