Constructeurs
Le groupe VW plus électrique que jamais
12/03/2019 - Christophe Jaussaud

 

Avec plus de 70 nouveaux lancements durant l'année 2018, le groupe Volkswagen n'a pas ralenti la cadence. C'est sans doute ce qui lui a permis de présenter un bilan financier solide malgré les turbulences notamment liées à l'arrivée du cycle d'homologation WLTP ou encore aux tensions commerciales mondiales. Le chiffre d'affaires a progressé de 2,7 % à 235,8 milliards d'euros et le constructeur a totalisé 10,8 millions de ventes à travers le monde. Cela étant, toutes les marques ont vu leur marge opérationnelle légèrement faiblir, à l'exception de Seat (voir tableau ci-dessous). Mais le groupe affiche tout de même une marge opérationnelle de 7,3 % représentant ainsi 17,1 milliards de bénéfice d'exploitation. Toutefois, il faut enlever à ce chiffre 3,18 milliards d'éléments exceptionnels toujours en grande partie liés au dieselgate. Ainsi le résultat opérationnel ressort à 13,9 milliards d'euros et 5,9 % de marge.

 

Au-delà de la présentation des chiffres, Herbert Diess, le patron du groupe VW, a rappelé le travail de "réalignement" du groupe déjà effectué depuis trois ans. Une première étape pour faire du groupe Volkswagen un leader de la mobilité. Pour aller au-delà et poursuivre dans ce sens, cela passera forcément par un profond changement de culture et d'organisation d'entreprise. Pour illustrer cette mutation, le dirigeant rappelle qu'aujourd'hui 90 % des développements sont orientés "hardware" mais que d'ici 2030, ce sera l'inverse. Le software aura pris le pouvoir.

 

Le président n'hésitant pas à comparer vw.OS, le futur système d'exploitation du groupe, à iOS d'Apple ou Android de Google et parle même de "tablettes sur roue" pour imager les futurs véhicules et leur écosystème connecté. Pour lui, les logiciels représenteront même 90 % des innovations embarquées dans le véhicule. "L'industrie automobile avait l'habitude de travailler sur des cycles de vie de 7 ans, maintenant nous devons raisonner en semaines, voire en jours" pense Herbert Diess.

 

La bonne nouvelle, s'il fallait en voir une, c'est qu'il faudra toujours des véhicules pour implémenter ce système d'exploitation et ces innovations logicielles. En 2019, le groupe va lancer pas moins de 90 modèles sans se priver de continuer de surfer sur la vague des SUV mais aussi revenir à des classiques comme la nouvelle génération de Golf qui sera dévoilée d'ici la fin de l'année. Un chapitre produits dominé par l'électricité. En effet, le groupe a revu à la hausse ses investissements en la matière. Dans les dix prochaines années, c'est-à-dire d'ici 2028, VW va lancer 70 modèles électriques (contre 50 jusqu'ici), investir 30 milliards d'euros (contre 20 milliards d'euros) et estime qu'à cette date il aura vendu 22 millions de VE (contre 15 millions auparavant). "La part de nos ventes de véhicules électriques, en Europe et en Chine, devrait augmenter au moins à 40 % d'ici 2030" prévient le président.

 

Des ambitions qui ont obligé VW à sécuriser son approvisionnement en batteries avec quatre partenaires que sont LG Chem, SK Innovation, CATL et Samsung. De quoi alimenter les 18 sites de production qui seront dédiés à l'électricité et à la plateforme MEB d'ici 2022. L'offensive électrique débute donc en 2019 avec l'Audi e-tron, la Porsche Taycan mais aussi les Lavida et Bora BEV en Chine. Mais le premier modèle à inaugurer la plateforme MEB sera la VW ID en début d'année 2020 et il sera produit à Zwickau. Cette nouvelle plateforme, que VW veut d'ailleurs partager avec des tiers, sera ensuite utilisée dans 17 autres usines dans le monde : 12 en Europe, 4 en Chine et 1 aux Etats-Unis. Après la Chine en 2020, les usines allemandes de Emden et Hanovre seront également converties à la production de VE à partir de 2022, comme le site de Chattanooga (USA) qui lui fera aussi une place. Le constructeur travaille aussi sur la prochaine génération de batteries car, à l'avenir, il veut maîtriser cet élément clé. Il vient d'ailleurs d'ouvrir un centre d'excellence en la matière à Salzgitter.

 

Au-delà de cette mobilité décarbonée, Herbert Diess s'est également engagé à faire de VW un groupe neutre en CO2 d'ici 2050 en vertu des accords de Paris. Pour le dirigeant, les VP du groupe VW représentent 1 % des émissions globales de CO2 (le transport VP, PL, BUS, avions, bateaux…représente 14 % des émissions mondiales). "Notre ambition est de réduire notre part à zéro. C'est notre but et notre contribution à la protection du climat" a expliqué le dirigeant. D'ici la date butoir de 2050, le groupe s'est fixé des temps de passage. Ainsi, d'ici 2025, en comparaison avec 2015, il vise une réduction de l'empreinte carbone de ses ventes (sur le cycle de vie entier du produit) de 30 %. De la même manière, il va travailler pour réduire de moitié les émissions de CO2 des usines (vs 2010). A titre d'exemple, la production de l'usine bruxelloise d'Audi, est déjà neutre en CO2 car elle est notamment alimentée par de l'énergie renouvelable.

 

Cependant, tout n'est pas parfait dans ce monde électrique. Herbert Diess n'écarte d'ailleurs pas le débat : "La production d'un VE demande 30 % d'efforts de moins qu'un modèle équipé d'un moteur thermique. Cela signifie que nous auront besoin de supprimer des postes." Depuis quelques années, la volonté affirmée, notamment par les pouvoirs publics, de pousser vers l'électromobilité est en passe de devenir une réalité. Mais elle ne sera pas neutre, elle, sur les emplois. Il faudra certes écrire des millions de lignes de codes mais pas sûr que ceux qui étaient jusqu'ici à la chaîne en soient les futurs auteurs.